Je vais aujourd'hui sortir des sentiers battus en vous présentant "Des hommes sans femmes" d'Haruki Murakami, publié chez Belfond. Voici un extrait choisi par l'éditeur, qui frôle délicatement peut-être la seule et vraie condition humaine : la solitude...

Quatrième de couverture : "A ce que je sais, votre épouse était vraiment une femme merveilleuse [...] vous devez vous sentir reconnaissant d'avoir vécu presque vingt ans auprès d'une femme comme elle. Je le crois profondémment. Néanmoins, vous aurez beau penser que vous avez compris quelqu'un, que vous l'avez aimé, il n'en reste pas moins impossible de voir au plus profond de son coeur. Vous aurez pu vous y efforcer, mais vous n'aurez réussi qu'à vous faire du mal. Vous ne pouvez voir qu'au fond de votre propre coeur, et encore, seulement si vous le voulez vraiment, et si vous faites l'effort d'y parvenir. En fin de compte, votre seule prérogative est d'arriver à nous mettre d'accord avec nous même, honnêtement, intelligemment. Si nous voulons vraiment voir l'autre, nous n'avons d'autre moyen que de plonger en nous même. Telle est ma conviction."

Mon commentaire : Connu en France par la trilogie "IQ 1984", Haruki Murakami retourne dans ce livre à la forme courte des nouvelles comme pour masquer le côté éphémère et si intense à la fois, des turpitudes humaines. Dans ce recueil, Murakami dissèque à la plume ciselée, la musique, la solitude, les rêves et la mélancolie des hommes abandonnés par les femmes. Pour certains, il y a des accents à la Hemingway ... J'y ai même trouvé une athmosphère kafkaïenne comme si les hommes et les femmes vivaient irrémédiablement dans deux mondes différents...

Extrait : " Avant sa mort, il avait très certainement dû se rendre compte, sans s'en réjouir du tout, qu'il ne s'était pas trompé. Il va sans dire que je plaignais beaucoup le Dr Tokai. Sa disparition m'affectait énormément. Qu'il ait cessé de s'alimenter et qu'il ait enduré les tourments atroces de la faim, c'était certes une décision extrême. Il avait dû souffrir mille maux, physiquement autant que spirituellement. Mais, à certains égards, je l'enviais d'avoir aimé une femme au point d'en mourir - quelle que soit la femme, au demeurant. Sinon, il se serait contenté de sa vie artificielle d'autrefois, il l'aurait poursuivie jusqu'à son terme. Il aurait continué à entretenir des laiasons avec plusieurs femmes en même temps, à savourer d'excellents pinots noirs, à jouer "My Way" sur le piano à queue de son salon, et à profiter de sa vie confortable de citadin. Mais il était tombé si passionnément amoureux qu'il était devenu incapable d'absorber la moindre parcelle de nourriture. Il avait ainsi abordé aux rives d'un nouveau monde, il avait vu des paysages jusque là inconnus et finalement été conduit à sa propre mort. Pour reprendre les mots du jeune Gotô, il avait cherché à s'annihiler. Je ne me permettrais pas de juger si sa vie était véritablement plus heureuse ou plus authentique. Le destin que le Dr Tokai a connu, entre septembre et novembre de cette année là, est pour moi inconcevable - comme il l'est pour Gotô."

Belle lecture à tous ...