Découvert avec "Les braises", je reviens avec un grand bonheur un peu trouble vers Sandor Maraï, "frère" de Zwzeig , de Roth et de Schnitzler. 

Quatrième de couverture : Dernier jour à Budapest, publié en Hongrie en 1940, réunit de manière singulière deux virtuoses de la littérature hongroise du XXe siècle. Sándor Márai, l'auteur des Braises, y rend hommage à son maître, Gyula Krúdy, dandy ténébreux et personnage légendaire de la bohème littéraire de Budapest, surnommé ici Sindbad, comme le héros de plusieurs de ses nouvelles. Un matin du mois de mai, Sindbad quitte son domicile d'Óbuda en promettant à sa femme de rapporter, avant la tombée de la nuit, les soixante pengös nécessaires à l'achat d'une robe pour leur petite fille. Mais à peine parti, ses bonnes intentions se dissipent. Cédant à la tentation d'une balade en calèche, il se laisse aller à une douce flânerie, revisitant le Budapest d'hier, au gré des lieux aimés : le bain turc, où " Orient et Occident fusionnaient dans les brumes de chaleur ", le café Chicago où il écrivait, les restaurants où il dînait..

Mon commentaire : Sandor Maraï est né en Hongrie au début du XXème siècle et fait partie aujourd'hui du panthéon des auteurs cultes de la jeunesse de son pays, après avoir été mis au ban de la société pendant plus d'un demi siècle.En effet, anti fasciste déclaré dans un pays allié à l'Allemagne nazie, il est ostracisé par le régime communiste d'après guerre, s'exile en 1948 et met fin à ses jours aux Etats-Unis, 40 ans plus tard dans une absolue désespérance ... comme Stefan Zweig. Reconnu aujourd'hui comme un des grands écrivains du XXème siècle, il devient aussi "l'un des derniers représentants de la culture brillante et cosmopolite de la Mitteleuropa emportée par la défaite de l'Empir austro-hongrois et par les totalitarismes." Intellectuel idéaliste, il écrit dans Les Confessions d'un bourgeois : « Tant qu'on me laissera écrire, je montrerai qu'il fut une époque où l'on croyait en la victoire de la morale sur les instincts, en la force de l'esprit et en sa capacité de maîtriser les pulsions meurtrières de la horde. » Toute la genèse de son art est dans cette phrase : une âme supérieure, une vision globale, une écriture raffinée, ingrédients dans lesquelles nous trouvons les racines de sa fin tragique ... comme Stefan Zweig ...

Extrait : "Le cocher coiffé d'un haut-de-forme allait doucement, il avait dépassé la douane de Hatvan, il avait dépassé tout ce qui donne à la vie son enchantement, sa bonté, son aménité et son sens. Le monde disparaissait derrière la vieille diligence et Sindbad souriait : il fallait savoir quitter à temps un monde qui ne le regardait plus
C'est ainsi que souriait le marin, c'est ainsi qu'il voyageait : il était rentré à la maison, enfin.
La bougie à côté du lit se consuma entièrement, éclairant de sa dernière flamme le visage de Sindbad. Ce visage aux yeux clos à présent était celui d'un sage, indifférent et sévère. Seuls les seigneurs d'Orient arborent cet air impassible et digne quand survient la fin "

Belle lecture à tous ...