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Je vais vous présenter aujourd'hui "Le roi des chats" de Stephen Vincent Benét, publié chez L'Eveilleur, magnifique maison d'édition bordelaise, dans la collection "Etrange", et traduit par Pierre Javel.

Quatrième de couverture : "Enfin, ma chère, demanda Mrs Culverin un peu émue, vous n'allez pas me dire... une queue ?" Une queue, oui, et de chat : elle trouble le monde des mélomanes subjugués par sa virtuosité quand son étrange possesseur dirige les plus grands orchestres du monde ; et elle fascine une princesse siamoise qui ne la quitte pas des yeux. Une histoire qui ne tient pas debout, diront certains. Ils oublient les bonheurs de l'atmosphère fantastique, la plus à même de révéler l'animalité qui sommeille en chaque être humain. Avec Stephen Vincent Benét, auteur américain doublement récompensé par le prix Pulitzer, il faut accepter de se laisser emporter par l'improbable et le mystérieux : dans l'Angleterre qu'abandonnent les légions romaines, à l'écoute d'un certain Buonaparte bavard et aigri, vers l'autre rive avec un médecin exemplaire qui préfère l'Enfer au Paradis, ou carrément sur les traces d'un Indien, survivant qui explore New York longtemps après son anéantissement.

Mon commentaire : Ces six nouvelles écrites dans la décennie précedant la IInde Guerre Mondiale, mettent particulièrement en valeur cette plume qui maitrise avec un art consommé un humour très caustique. Il décortique très finement tous les travers de ses contemporains, travers que l'on pourrait transposer à toutes les époques de l'humanité. Il les exprime par la satire d'un milieu social dont la curiosité fait fi des bonnes moeurs; par une implacable intuition politique dramatiquement prémonitoire; par son goût de l'humain, par son talent de portraitiste  quand il nous fait comprendre qu'un "grand homme" ne peut être tel qu'à la faveur de circonstances propices; par la description terriblement ironique de la fin d'une civilisation ou par la cruelle et inéluctable analyse de l'homme qui reproduit inlassablement les erreurs qui le conduisent à sa perte. La préface de Thierry Gillyboeuf est un petit bijou d'environnement historique et littéraire.

Belle lecture à tous...