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Je vais vous présenter aujourd'hui "Le grand mal " de Jean Forton, publié chez l'Eveilleur, très jolie maison d'édition bordelaise qui s'est donnée pour mission de redonner vie à de magnifiques textes parfois oubliés. Jean Forton, né à Bordeaux en 1930, fut fasciné toute sa vie par l'adolescence, "âge trouble qui lui inspira une incurable nostalgie". Les premiers romans mettront ainsi en évidence le profond malaise à l'origine des évènement de mai 1968. Certains critiques de l'époque ( ce livre fut édité en 1959 ), enthousiastes, y trouvèrent des réminiscences de cette poésie si étroitement liée au rêve du "Grand Meaulnes", quand d'autres le rapprochaient plutôt de la sobre éloquence des "Fruits du Congo" de Vialatte. Une plume illustre d'alors, Kléber Haedens, salua l'auteur du "Grand mal" pour sa virtuosité à décrire les adolescents sans les juger, comme Gide dans "Les caves du Vatican" avec Lacfodio.

"Dans une grande ville portuaire de la fin des années cinquante, des fillettes disparaissent. A la sortie des classes, la rue Porte-Vieille, une de ces artères bruyantes et sombres qui descendent longuement vers les quais, est remplie d'amoureux de treize ans. Arthur Ledru et Frieman sont deux collégiens que tout sépare mais qu'un coup du sort va irrésistiblement rapprocher. De sentiments interchangeables, ils s'amourachent des mêmes filles, un petit jeu sans conséquence, jusqu'à ce que l'un et l'autre s'éprennent de Nathalie, la jeune soeur de leur nouveau camarade, l'ambigu Stéphane. A eux quatre, ils s'inventent un univers en opposition à celui de leurs parents, tout en cherchant à en percer les secrets."

L'histoire est unique ... et pourtant si commune à tous ceux qui traversent cet âge incertain.. Jean Forton décrit avec subtilité et causticité, dans un style parfois cru et cruel, ce passage de l'adolescence où les vérités des adultes tombent de leur piédestal, où se dévoilent les petits arrangements avec le quotidien, la médiocrité des relations sociales, le vide derrière les belles façades bordelaises. Il introduit alors le suspense, élément très à la mode dans la France d'après-guerre, à l'image des ambiances de Simenon.

J'ai lu "Le grand mal" en oubliant les mots, plongée dans une histoire où l'anodin devient l'atroce...

Belle lecture à tous