Je vais vous présenter aujourd'hui "Claire Mauriac, le roman d'une mère", d'Anne Duprez, publié par Le Festin, très belle maison d'édition bordelaise.

Anne Duprez a une approche très originale sur la genèse de l'écrivain, François Mauriac en l'occurence : quelle est la part maternelle dans la construction de l'homme et de l'immense écrivain, prix Nobel de littérature en 1952, qu'il est devenu ? En effet, il est bien plus courant de parler d'une filiation paternelle intellectuelle, spirituelle, philosophique ou politique, d'autant qu'ici Paul Mauriac était un doux libre-penseur.

Cette question est véritablement prégnante car la figure maternelle est omniprésente dans son oeuvre, au travers de la toute puissance génitrice ou de l'effacement passionnel. Qui est cette mère ? Anne Duprez, à la manière d'une enquête policière, remonte aux origines de cette filiation maternelle, pour dévoiler la femme qualifiée sommairement de "pieuse et peu amène". Personnage central de la saga familiale Mauriac, Claire traverse "le Bordeaux bourgeois du IInd Empire à l'entre-deux guerre", en payant le tribut des grandes familles au temps et à la folie des hommes.

Anne Duprez s'appuie sur des documents familiaux inédits et de nombreux témoignages avec pour idée maîtresse de rendre compte de l'extraordinaire présence de Claire dans la genèse des héroïnes mauriaciennes. J'ai aimé cette écriture fluide et délicate qui s'attache à transmettre une vérité souvent occultée par facilité ou convenances.

Voici un extrait qui dévoile les prémices du talent de François Mauriac :

""Si les écrits de chacun conservent la trace de la tendresse maternelle - - ce que confirment les membres du deuxième cercle, les petits-enfants, neveux et nièces -, cette lettre de Claire à François, touchante et terrible, stigmatise l'écart béant entre la raideur d'une posture et la chaleur intime de l'attachement. Ici réside une part du ferment de cette enfance souffrante qu'évoquera l'écrivain. "L'amour immense" entre cette mère et ses enfants couve comme un feu sous la brande, mais un sort du destion l'a emprisonné derrière la glace du miroir et le reflet se brouille. De la chaleur contenue, de la froideur affichée, maît une brume aveuglante. Et déroutante, parfois";

Belle lecture à tous ...