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Je vais vous présenter "L'enfant des pins" de Françoise Le Gloahec, publié chez City Editions dans la collection Terres d'histoires. Je vais vous en lire les premiers mots :

Extrait : Octobre 1852

Un voile humide et dense enveloppait peu à peu la Haute Lande. Fidèles sentinelles, les pins élançaient leurs troncs vers le ciel comme pour le prendre à témoin. Le chant des oiseaux se tut alors qu'un couple de chevreuils s'enfuyait à l'approche de l'ombre portant son fardeau. Quittant le chemin, elle longea la modeste maison de métayers à colombages et murs de torchis pour se diriger vers le bord de l'airial. Vêtue de sombre, un châle noir couvrant sa tête et ses épaules, Jana ressemblait à l'un de ces arbres dépourvus de feuillage au tronc malingre et penché. La jeune femme avançait comme on titube sous la boisson. Elle s'arrêta pour écouter : "Personne !" pensa t elle, regardant vers les fenêtres de l'habitation dépourvues vitres, dont les volets de bois étaient rabattus dès la tombée du soir. Immobile, elle contempla la forêt, où la pénombre lui semblait un trou sans fond, se prenant à souhaiter être aspirée tout entière par cette gueule obscure qui l'avalerait définitivement. Puis elle soupira, fermant ses yeux noyés. D'un geste las, elle repoussa les mèches brunes détrempées colonisant son visage tels des tentacules et considéra le paquet enveloppé qu'elle tenait dans ses bras comme si elle était étonnée de le trouver là. Elle hésita, puis, après un dernier regard vers la métairie, se dirigea vers la grange et le chêne tauzin planté par le grand-père de Cristoli à l'occasion de la naissance de ce dernier. "Là, ce sera bien, souffla t elle en posant sur le sol dur et suintant le ballot enveloppé de chiffons. "

Mon commentaire :J'ai beaucoup aimé cette histoire intemporelle de secrets de famille laissés en héritage dans les gènes, avec douleur mais aussi avec une lueur d'espoir comme ces pins si sombres et pourtant dressés vers la lumière. Françoise Le Gloahec raconte non seulement la dure vie de métayers landais dans les années 1850, la solidarité entre familles de même misère mais aussi les liens qui pouvaient se nouer en bonne intelligence avec les Maîtres, ainsi que les prémices d'un changement de mentalités sur les conditions de travail des gemeurs. Jalousie, amour, incompréhension, solidarité, lâcheté, culpabilité, jalonnent ce roman, véritable quête de reconnaissance ...

Belle lecture à tous ...