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Je vais vous présenter aujourd'hui "Marie-Jeanne des Bernis"de Roger Boussinot, publié chez Le Festin, magnifique maison d'édition bordelaise.

Quatrième de couverture : Succédant à Jean Chalosse, ce moutonnier des Landes dont il avait réinventé l'existence, et qui bouleversa lecteurs puis téléspectateurs des années 70, Marie-Jeanne Escoubère est elle aussi une personne réelle rencontrée par l'auteur qui lui offrit d'enregistrer le récit de sa vie sur des cassettes (plus d'une centaine) avant d'en faire un roman. Octogénaire alerte, domestique tout au long de sa vie, elle vit dans la maison des Bernis, canton de Saint-Camon, en Gironde, et elle a beaucoup de choses à raconter : comment son enfance prit fin quand elle devint à douze ans domestique chez les notables du village, les rapports qu'elle entretint avec ses patrons et le singulier lien qui les rapprocha pendant des décennies, faits de silence, de complicité , de promiscuité et d'incompréhension, et la vie qu'elle mena si discrète malgré une véritable personnalité . C'est cette vivacité que l'on découvre lorsque la vieille dame entreprend son premier et dernier combat : sauver sa maisonnette, héritée de sa patronne, du tracé de l'autoroute qui descend vers le sud et trace une impitoyable ligne droite brisant des vies dans l'indifférence. Mêlant le travail du souvenir, d'où la malice et la finesse sont bien présentes chez cette femme qui a toujours su dans quelle caste on la cantonnait, et le récit d un crépuscule de vie malmène , Roger Boussinot magnifie ainsi une figure minuscule a laquelle il offre l'épitaphe qu elle mérite. Jusqu'au surprenant dénouement...

Mon commentaire : J'ai aimé cette écriture qui dit les gens simples et la vie qui s'écoule lentement au rythme des moments essentiels d'une existence humble en apparence. Roger Boussinot est un excellent portraitiste et, à la manière de La Bruyère ou Balzac, décortique les travers de l'âme humaine quand elle se trouve acculée au point de non-retour. Dans ce combat de David contre Goliath, de la permanence de la nature contre les intérêts supérieurs des hommes de pouvoir qui gouvernent par l'argent, Roger Boussinot nous propose une réflexion poétique et humaniste sur le sens que nous voulons à notre vie. N'écrit il pas en exergue de ce roman, cette phrase d'Oscar Wilde : il arrive parfois que l'on ait existé sans avoir vécu, et toute la vie se précipite alors en une seule heure ...

Belle lecture à tous ...