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Je vais vous présenter aujourd'hui " Le blues de la blouse blanche, conversation d'un médecin avec sa maladie" de Jean Jacques Erbstein, publié chez les passagères.

Je pourrais vous présenter ce livre comme étant un énième témoignage d'un médecin qui passe de l'autre côté de la barrière, rejoignant ainsi la longue cohorte interminable des douleurs silencieuses. Je pourrais ... Mais je ne le ferai pas car ce serait galvauder ce cheminement universel et pourtant unique de l'homme et sa finitude.

Quatrième de couverture : Opéra en 4 actes… ou drame à deux voix, celle d'une tumeur et celle du malade dans le poumon duquel elle est sournoisement blottie. Pas n'importe quel malade : un médecin ! Chacun prend la parole à tour de rôle, dans cette chronique glaçante. Alors que la tumeur, vicieuse et méchante, se réjouit de grossir inexorablement, le médecin, lui, s'inquiète. Tout en redoutant le pire, il retarde le moment des examens qui lui permettront de comprendre pourquoi il souffre autant. Mais passe-t-on facilement du statut de médecin à celui de malade ? D'un côté, l'attente des résultats est insoute-nable, de l'autre côté, on s'amuse et on décide de s'accrocher. Jusqu'à la terrible opération. Médecin de campagne en Lorraine depuis vingt ans, il ne sera jamais plus le même après cette épreuve. Confronté à la souffrance extrême, à la peur et à l'épuisement, conscient pour la première fois de la fragilité de l'être humain, il change son regard sur sa pratique. Passionné par son métier, il s'engage à être encore plus attentif, encore plus soucieux de ses patients. Il comprend mieux encore le sens de sa vocation et l'importance de ces trois mots magiques, qui font le sens et l'essence de son métier : « Je vous écoute ».

Mon commentaire : J'ai aimé cette écriture mettant en scène deux faces de notre humanité, inextricablement liées et pourtant conflictuelles. La tumeur prend vie dans la chair du médecin, se nourrissant d'une certaine vitalité caustique et mordante, jouant avec un plaisir morbide les Jiminy Crickett de l'enfer, en se rappelent sans cesse, dans les périodes de relâchement, au bon souvenir des vivants. on reproche souvent aux praticiens de ne pas savoir annoncer l'horreur aux malades. Celui qui frôle la mort est il mieux armé pour dire l'indicible ? Il n'y a pas de vérité académique face à la mort autre que notre impuissance. Avec une réelle humanité, Jean Jacques Erbstein raconte sa maladie, la peur de ses proches, l'amour des siens qui le tient fermement du côté des vivants ( avec une mention particulière pour son épouse ). Cette conversation d'un médecin avec sa maladie, est un magnifique livre de chevet qui, au-delà de cette même maladie, prête à une réflexion plus large sur les combats essentiels d'une vie offerte aux autres, jusqu'aux portes de la mort.

Belle lecture à tous ...