La fille du port de la Lune

Je vais vous présenter au jourd'hui "La fille du Port de la Lune" de Simone Célin, publié chez Cairn dans la collection du Noir au Sud, magnifique maison d'édition paloise.

Quatrième de couverture : Tout commence par les méandres de la Garonne. Automne 2005, pendant que Malik de la cité du Grand‐Parc ronge son frein dans son HLM, que Zora désespère de le tirer de là, que Momo se
prépare pour les bastons, que Dany rêve de belles caisses, que Chloé traîne son mal de vivre d'adolescente des beaux quartiers, Helena, arrachée à son Ukraine natale, vendue et revendue à des trafiquants de chair fraîche, arpente les quais en minijupe en rêvant de se jeter dans les eaux du port de la Lune et un clochard humaniste dispense sa philosophie à qui veut bien l'entendre.
Ces existences vont s'entrecroiser et tisser une toile autour du drame qui finit par éclater : Le jour où le corps d'une jeune fille est repêché dans la Garonne. Simon, un flic en proie au vague à l'âme conduit l'enquête de façon irrationnelle, l'imbroglio est impénétrable, mais tous les fils le ramènent à Malik.

Mon commentaire : J'ai eu un vrai coup de coeur pour cette écriture qui dit l'horreur quotidienne d'une jeunesse à la dérive, qui a perdu tous repères. L'auteur reprend certains codes du roman noir en donnant une vision plus que réaliste des conditions sociales et d'une certaine criminalité en 2005. Les premiers mots en rappellent tristement le contexte sordide :

Extrait :Souviens toi : le 27 octobre 2005, Zyed Benna, dix-sept ans et Bouna Traoré; quinze ans, se réfugient dans un transformateur EDF pour échapper à un contrôle de police. Ils mourront électrocutés. Le soir même, viingt-trois voitures sont brûlées en représailles à Clichy-sous-Bois. Les jeunes s'en prennent à la police et aux pompiers. Ce n'est qu'un début. En quelques jours, les émeutes vont gagner la banlieue puis s'étendre dans toute la France. Pendant trois semaines, les jeunes des cités en colère vont se déchainer, affronter les forces de l'ordre casquées. Chaque nuit, des centaines de voitures sont brulées, des bâtiments publics, des écoles. Les deux jeunes morts sont devenus des symboles d'injustice sociale. Les incendies se propagent comme un mode de protestation, le soulèvement comme une réponse à la ghettoîsation.

Mon commentaire : Simone Célin, avec une grande humanité, raconte les travers de notre part d'obscurité, et la part de résilience accordée à certains êtres. En refermant ce livre, une image m'est immédiatement venue à l'esprit, une photo qui circule régulièrement sur les réseaux sociaux : une toute petite fleur qui éclôt dans la brisure d'un sombre macadam ...

Belle lecture à tous